N° 468
SÉNAT - SESSION ORDINAIRE DE 2014-2015 Enregistré à la Présidence du Sénat le 27 mai 2015

PROPOSITION DE LOI ADOPTÉE PAR L’ASSEMBLÉE NATIONALE créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie

TEXTE DE LA COMMISSION DES AFFAIRES SOCIALES (1)
(1) Cette commission est composée de : M. Alain Milon, président ; M. Jean-Marie Vanlerenberghe, rapporteur
général ; M. Gérard Dériot, Mmes Colette Giudicelli, Caroline Cayeux, M. Yves Daudigny, Mme Catherine Génisson,
MM. Jean-Pierre Godefroy, Gérard Roche, Mme Laurence Cohen, M. Gilbert Barbier, Mme Aline Archimbaud, vice-présidents ;
Mme Agnès Canayer, M. René-Paul Savary, Mme Michelle Meunier, M. Jean-Louis Tourenne, Mme Élisabeth Doineau,
secrétaires ; MM. Michel Amiel, Claude Bérit-Débat, Mme Nicole Bricq, MM. Olivier Cadic, Jean-Pierre Caffet, Mme Claire-Lise
Campion, MM. Jean-Noël Cardoux, Daniel Chasseing, Olivier Cigolotti, Mmes Karine Claireaux, Annie David, Isabelle Debré,
Catherine Deroche, M. Jean Desessard, Mme Chantal Deseyne, M. Jérôme Durain, Mme Anne Emery-Dumas, MM. Michel
Forissier, François Fortassin, Jean-Marc Gabouty, Mme Françoise Gatel, M. Bruno Gilles, Mmes Pascale Gruny, Corinne Imbert,
MM. Éric Jeansannetas, Georges Labazée, Jean-Baptiste Lemoyne, Mmes Hermeline Malherbe, Brigitte Micouleau, Patricia
Morhet-Richaud, MM. Jean-Marie Morisset, Philippe Mouiller, Louis Pinton, Mmes Catherine Procaccia, Stéphanie Riocreux,
M. Didier Robert, Mme Patricia Schillinger, MM. Michel Vergoz, Dominique Watrin, Mme Evelyne Yonnet.
Voir le(s) numéro(s) :
Assemblée nationale (14ème législ.) : 2512, 2585 et T.A. 486
Sénat : 348 et 467 (2014-2015)

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TEXTE DE LA COMMISSION
PROPOSITION DE LOI CRÉANT DE NOUVEAUX DROITS POUR LES PERSONNES MALADES EN FIN DE VIE
Article 1er
I. – L’article L. 1110-5 du code de la santé publique est ainsi modifié :
1° Le premier alinéa est ainsi modifié :
a) À la première phrase, après le mot : « soins », sont ajoutés les mots : « curatifs et palliatifs » ;
b) (Supprimé)
c) Est ajoutée une phrase ainsi rédigée :
« Ces dispositions s’appliquent sans préjudice ni de l’obligation de
sécurité à laquelle est tenu tout fournisseur de produits de santé, ni de
l’application du titre II du présent livre Ier. » ;
2° Les deuxième à dernier alinéas sont remplacés par un alinéa ainsi rédigé :
« Toute personne a le droit d’avoir une fin de vie digne et
accompagnée du meilleur apaisement possible de la souffrance.
Les professionnels de santé mettent en oeuvre tous les moyens à
leur disposition pour que ce droit soit respecté. »
II. – La formation initiale et continue des médecins, des pharmaciens,
des infirmiers, des aides-soignants, des aides à domicile et des
psychologues cliniciens comporte un enseignement sur les soins palliatifs.
Article 2
Après le même article L. 1110-5, il est inséré un article L. 1110-5-1
ainsi rédigé :
« Art. L. 1110-5-1. – Les actes mentionnés à l’article L. 1110-5 ne
doivent pas être mis en oeuvre ou poursuivis lorsqu’ils résultent d’une

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obstination déraisonnable. Lorsqu’ils apparaissent inutiles,
disproportionnés ou lorsqu’ils n’ont d’autre effet que le seul maintien
artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris,
conformément à la volonté du patient et à l’issue d’une procédure
collégiale. Cette procédure collégiale réunit l’ensemble de l’équipe
soignante et associe la personne de confiance ou, à défaut, les membres de
la famille ou les proches qui le souhaitent. Ses modalités sont définies par
voie réglementaire. »
Article 3
Après le même article L. 1110-5, il est inséré un article L. 1110-5-2
ainsi rédigé :
« Art. L. 1110-5-2. – Une sédation profonde et continue jusqu’au
décès, associée à une analgésie et à l’arrêt des traitements de maintien en
vie, est mise en oeuvre dans les cas suivants :
« 1° Lorsque le patient atteint d’une affection grave et incurable, dont
le pronostic vital est engagé à court terme et qui présente une souffrance
réfractaire à tout autre traitement, exprime la volonté d’éviter toute
souffrance ;
« 2° Lorsque le patient est hors d’état d’exprimer sa volonté et sauf si
ses directives anticipées s’y opposent, dans le cas où le médecin arrête un
traitement de maintien en vie au titre de l’obstination déraisonnable et que
la souffrance du patient est jugée réfractaire.
« À l’initiative du médecin et dans le cadre d’une procédure collégiale
telle que celle visée à l’article L. 1110-5-1, l’équipe soignante vérifie
préalablement que les conditions d’application prévues aux deux alinéas
précédents sont remplies.
« À la demande du patient, la sédation profonde et continue est mise en
oeuvre à son domicile, dans un établissement de santé ou un établissement
visé au 6° du I de l’article L. 312-1 du code de l’action sociale et des
familles.
« L’ensemble de la procédure suivie est inscrite au dossier médical du
patient. »

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Article 4
L’article L. 1110-9 du même code est ainsi rédigé :
« Art. L. 1110-9. – Toute personne a le droit de recevoir des soins
visant à soulager sa souffrance. Celle-ci doit être, en toutes circonstances,
prévenue, prise en compte, évaluée et traitée.
« Toute personne malade dont l’état le requiert a le droit d’accéder à
des soins palliatifs et à un accompagnement.
« Si le médecin constate qu’il ne peut soulager la souffrance d’une
personne en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable
qu’en lui appliquant un traitement qui peut avoir pour effet d’abréger sa
vie, il doit en informer le malade, sans préjudice des dispositions du
quatrième alinéa de l’article L. 1111-2, la personne de confiance visée à
l’article L. 1111-6, la famille ou, à défaut, les proches. La procédure suivie
est inscrite dans le dossier médical. »
Article 4 bis
(Supprimé)
Article 5
I. – L’article L. 1111-4 du même code est ainsi modifié :
1° Après le premier alinéa, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :
« Toute personne a le droit de refuser ou de ne pas recevoir un
traitement, quel qu’il soit. Le suivi du malade reste cependant assuré par le
médecin, notamment son accompagnement palliatif. » ;
2° Le deuxième alinéa est ainsi rédigé :
« Le médecin a l’obligation de respecter la volonté de la personne qui
refuse tout traitement ou souhaite arrêter un traitement après l’avoir
informée des conséquences de ses choix et de leur gravité. Si cette décision
de la personne met sa vie en danger, elle doit réitérer sa décision dans un
délai raisonnable. Elle peut faire appel à un autre membre du corps médical
pour éclairer ses choix. L’ensemble de la procédure est inscrite dans le
dossier médical du patient. » ;

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3° (Supprimé)
4° Après le mot : « susceptible », la fin du cinquième alinéa est ainsi
rédigée : « d’entraîner son décès ne peut être réalisé sans avoir respecté la
procédure collégiale visée à l’article L. 1110-5-1 et les directives anticipées
ou, à défaut, sans que la personne de confiance prévue à l’article L. 1111-6
ou la famille ou les proches aient été consultés. La décision motivée de
limitation ou d’arrêt de traitement est inscrite dans le dossier médical. »
II. – (Non modifié) À la première phrase du V de l’article L. 2131-1
du même code, le mot : « troisième » est remplacé par le mot :
« quatrième ».
Article 6
(Non modifié)
L’article L. 1111-10 du même code est abrogé.
Article 7
(Supprimé)
Article 8
L’article L. 1111-11 du même code est ainsi rédigé :
« Art. L. 1111-11. – Toute personne majeure peut rédiger des
directives anticipées pour le cas où elle serait un jour hors d’état
d’exprimer sa volonté. Ces directives anticipées expriment la volonté de la
personne relative à sa fin de vie en ce qui concerne les conditions de la
poursuite, de la limitation, de l’arrêt ou du refus de traitement. Elles sont
révisables et révocables à tout moment.
« Elles peuvent être rédigées conformément à un modèle dont le
contenu est fixé par décret en Conseil d’État pris après avis de la Haute
Autorité de santé. Ce modèle distingue deux types de directives anticipées
selon que la personne se sait ou non atteinte d’une affection grave au
moment où elle les rédige.
« Les directives anticipées s’imposent au médecin pour toute décision
d’investigation, d’intervention ou de traitement concernant le patient. Le

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médecin n’est pas tenu de se conformer aux directives anticipées du patient
lorsque sa situation médicale ne correspond pas aux circonstances visées
par ces directives ou en cas d’urgence vitale pendant le temps nécessaire à
une évaluation complète de la situation médicale.
« La possibilité d’appliquer les directives anticipées au regard de la
situation médicale du patient est examinée dans le cadre d’une procédure
collégiale telle que celle visée à l’article L. 1110-5-1. La possibilité ou
l’impossibilité d’appliquer les directives anticipées est inscrite au dossier
médical. Elle est portée à la connaissance de la personne de confiance
désignée par le patient ou, à défaut, de la famille ou des proches.
« Un décret en Conseil d’État, pris après avis de la Commission
nationale de l’informatique et des libertés, définit les conditions de validité,
de confidentialité et de conservation des directives anticipées. Ces directives
sont notamment conservées sur un registre national faisant l’objet d’un
traitement automatisé dans le respect de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978
relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés.
« Le médecin traitant informe ses patients de la possibilité et des
conditions de rédaction de directives anticipées.
« Lorsqu’une personne fait l’objet d’une mesure de protection juridique,
au sens du chapitre II du titre XI du livre Ier du code civil, elle peut rédiger
des directives anticipées avec l’autorisation du juge ou du conseil de famille
s’il a été constitué. Le juge ou le conseil de famille peut prévoir qu’elle
bénéficie, pour la rédaction de telles directives, de l’assistance de la
personne chargée de sa protection, dans les conditions prévues au deuxième
alinéa de l’article 459 du même code, à l’exclusion de toute possibilité de
représentation. »
Article 9
I. – L’article L. 1111-6 du même code est ainsi rédigé :
« Art. L. 1111-6. – Toute personne majeure peut désigner une personne
de confiance qui peut être un parent, un proche ou le médecin traitant et qui
sera consultée au cas où elle-même serait hors d’état d’exprimer sa volonté
et de recevoir l’information nécessaire à cette fin. Cette désignation est
faite par écrit et cosignée par la personne désignée. Elle est révisable et
révocable à tout moment.

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« Si le patient le souhaite, la personne de confiance qu’il a désignée
l’accompagne dans ses démarches et assiste aux entretiens médicaux afin
de l’aider dans ses décisions.
« Lors de toute hospitalisation dans un établissement de santé, il est
proposé au malade de désigner une personne de confiance dans les
conditions prévues au présent article. Cette désignation est valable pour la
durée de l’hospitalisation, à moins que le malade n’en dispose autrement.
« Lorsque le patient qui a désigné une personne de confiance est hors
d’état d’exprimer sa volonté, cette personne rend compte de la volonté du
patient. L’expression de cette volonté prévaut sur tout autre élément
permettant d’établir la volonté du patient à l’exclusion des directives
anticipées.
« Le présent article ne s’applique pas lorsqu’une mesure de tutelle est
ordonnée. Toutefois, le juge des tutelles peut, dans cette hypothèse, soit
confirmer la mission de la personne de confiance antérieurement désignée,
soit révoquer la désignation de celle-ci. »
II. – (Supprimé)
Article 10
L’article L. 1111-12 du même code est ainsi rédigé :
« Art. L. 1111-12. – Pour prendre les décisions d’investigation,
d’intervention ou de traitement concernant une personne en phase avancée
ou terminale d’une affection grave et incurable, le médecin a l’obligation
de rechercher la volonté de la personne hors d’état de l’exprimer. En
l’absence de directives anticipées mentionnées à l’article L. 1111-11, la
personne de confiance lui rend compte de cette volonté. À défaut, il
recueille tout élément permettant d’établir la volonté du patient auprès de la
famille ou des proches. »
Article 11
I. – (Non modifié) L’article L. 1111-13 du même code est abrogé.
II. – (Supprimé)
III. – (Non modifié) Le 8° du II de l’article L. 1541-3 du même code est abrogé.

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Article 12
(Non modifié)
L’article L. 1412-1-1 du même code est ainsi modifié :
1° Le premier alinéa est complété par une phrase ainsi rédigée :
« L’avis des commissions compétentes et de l’Office parlementaire
d’évaluation des choix scientifiques et techniques inclut une appréciation
sur l’opportunité, pour le Gouvernement, de mobiliser, dans les conditions
prévues à l’article L. 121-10 du code de l’environnement, le concours de la
Commission nationale du débat public. » ;
2° Le deuxième alinéa est complété par les mots : « , en faisant ressortir
les éléments scientifiques indispensables à la bonne compréhension des
enjeux de la réforme envisagée ».
Article 13
(Non modifié)
La présente loi est applicable en Nouvelle-Calédonie.
Article 14
(Supprimé)